Adyghee Le salon littéraire de l'ivresse des mots

26 novembre 2018

Le collège de Buchy - Jérémie Lefebvre

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Quatrième de couverture  :

Jérémie Lefebvre se saisit de la condition de souffre-douleur, lui arrache ses titres de noblesse et en dévoile l'ambiguïté acharnée, les beautés horribles, la tristesse à pleurer de rire. Avec une écriture de premier de la classe retravaillée au cutter, il pousse la problématique du harcèlement scolaire jusqu'aux frontières de la folie et livre un roman haineux, drôle, bouleversant, d'un noir incandescent. 

Editions : Lunatique - ISBN : 1090424590  - Broché 118 pages – Prix : 12 euros 

Mon avis : ChezVolodia 

Jérémie Lefebvre se remémore ses années de collège. Souvenirs douloureux, et indélébiles d’un harcèlement scolaire. 

Orphelin, élevé par sa grand-mère, fervents catholiques à la limite de la bigoterie, il s’est trouvé en butte à la bêtise et à la méchanceté d’autres collégiens issus de milieux plus populaires, plus turbulents et vindicatifs. 

Les causes de ce harcèlement, on ne peut que les supposer : issu d’un milieu bourgeois, timide, bon élève, n’ayant pas le verbe ou les poings pour le faire stopper, il s’est trouvé pris dans un engrenage dominants-dominé. Il a suffi d’un meneur, et la meute qui a suivi ont fait de ses années un cauchemar sans cesse renouvelé. 

Bien évidemment les humiliations, la violence verbale ont été exercées à l’insu des adultes, ou dans leur indifférence générale, jugeant sans doute qu’il s’agissait d’histoires d’enfants. La grand-mère  spectatrice impuissante essaie de réconforter son petit-fils en l’emmenant en pèlerinage d’où il revient sous le charme, durant plusieurs jours, du prêche entendu,  puis à terme le calvaire reprend, malgré le fait que la vieille dame se soit déplacée pour avertir le proviseur de ce qui se passe. 

Les séquelles de ce harcèlement sont toujours présentes dans le cœur de l’auteur, qui malgré ce livre assez noir, trouve une certaine forme d’humour acide dans l’expression de son ressentiment vis-à-vis de ses persécuteurs. 

Le coup de grâce viendra de son propre fils, lorsqu’il s’apercevra au cours d’un trajet en bus, que celui-ci à un comportement de harceleur envers un de ses camarades. La boucle est bouclée. 

Ce livre est la résultante d’une souffrance, qui ne s’est pas éteinte, malgré les années. De nos jours, on parle de plus en plus du harcèlement. Pourquoi maintenant ? Les violences entre élèves ont toujours existé, elles sont unes et multiples. 

Auparavant, dans un passé pas si lointain toutefois, elles étaient induites par une différence plus flagrante : Port de lunettes, obésité, handicap physique ou mental, couleur de peau, religion,  etc… A l’heure actuelle, plus insidueuses, elles se sont déplacées vers d’autres formes de différences : Milieu social, qualité de l’élève (plus le bon que le mauvais),  tenues vestimentaires, la rumeur, et plus nouveau : l’orientation sexuelle.  Le phénomène est amplifié par l’accès aux nouvelles technologies : téléphone portable, vidéo, internet qui font que le harcelé n’a aucun moyen de souffler, de trouver une relative tranquillité dans son espace privé, et qui souvent n’arrivant pas à y mettre fin, fini par se supprimer en désespoir de cause estimant que mort il sera enfin libéré. 

Le plus terrible c’est que pris individuellement, la composante de cette meute de harceleurs est qu’ils sont et/peuvent être chacun de nous. Et qu’on les retrouve souvent à l’âge adulte, et  pour diverses raisons dans notre entourage et/ou milieu professionnel…  et cela donne à réfléchir !

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28 octobre 2018

Qui a tué mon père - Edouard Louis

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Quatrième de couverture :

"L"histoire de ton corps accuse l'histoire politique."

 

Editions : Seuil - ISBN : 9 782021 399431 - Broché 185 pages - Prix :  12 €

Mon avis : Volodia 

Nouveau livre ou devrais-je dire presque un opuscule d’Edouard Louis. Si j’ai aimé son premier livre, et sous certaines réserves le second, je reste dubitatif quant au troisième. 

Dans ce dernier, si j’apprécie l’hommage que l’auteur rend à son père, j’ai un peu de mal avec une certaine forme de dualité qu’il adopte vis-à-vis de celui-ci. En effet, dans ses précédents livres il menait « à charge » contre son père  - lui reprochant sa brutalité, ses excès - et qu’il comprend dans ce présent livre…. Je suis également déçu par les poncifs dont il nous abreuve et qui semble être sa marque de fabrique. Je comprends que son but au fil de ses livres est de dénoncer la condition ouvrière et les injustices qu’elle subit au travers de la vie de sa famille. Mais qu’il me pardonne, sa situation familiale (du moins celle qu’il décrit dans ses livres) fait plus penser à celle de cas sociaux que d’ouvriers. 

A l’écouter et le lire, on a l’impression que les ouvriers n’ont d’autre choix que d’accepter cette fatalité, de supporter leur condition et de noyer leur chagrin dans l’alcoolisme, l’inculture, le populisme, le racisme et j’en passe. Je m’insurge en faux. La classe ouvrière a énormément évolué depuis la fin du XIXème et première moitié du XXème siècle. Les ouvriers d’aujourd’hui ne sont plus ostracisés et cantonnés aux frontières de la société dans laquelle ils évoluent et l’ascenseur social n’est pas bloqué au rez-de-chaussée pour qui s’en donne les moyens, lui-même en est la preuve. 

Certes il sera beaucoup plus difficile d’accéder à un autre statut, si on est né dans une famille d’ouvriers depuis plusieurs générations (piété filiale oblige parfois) et qu’en plus, on vive dans une région où il n’y a rien d’autre que l’usine du coin qui fait travailler 2 ou 3000 personnes. Mais à force de volonté, il est possible d’accéder à autre chose. Je n’emploie pas le terme évoluer car cela reviendrait à considérer qu’être ouvrier est une condition inférieure à l’égard d’autres semblant plus valorisantes. Or pour moi, il faut de tout pour qu’une société fonctionne, de même qu’il faut des dirigeants et d’autres qui suivent et obéissent pour participer à son évolution et/ou à son amélioration. Quant à la culture, rien n'empêche quiconque de fréquenter une bibliothèque, pratiquement toutes les villes de province, voir les quartiers de Paris ou desdites villes ont une médiathèque gratuite, reste qu'après c'est un choix que nul ne peut prendre pour vous. Encore, faut-il avoir l'intelligence et être conscient de certains manques....! car le fossé qui s'épare les deux (culture et intelligence) est au moins aussi grand que le Grand Canyon..!

Dans ce livre Edouard Louis tire à boulets rouge sur les dirigeants et gouvernements successifs responsables selon lui du maintien au bas de l’échelle sociale des ouvriers et de  sa politique de sa paupérisation. C’est un livre engagé, en forme de « J’accuse » mais bien qu’il ose nommer par leur nom ceux qu’il estime coupable, Edouard Louis n’est pas Emile Zola et j’ai envie de lui rappeler qu’il ne suffit pas d’écrire des livres à faire pleurer dans les chaumières pour être crédible. 

Je reproche à Edouard Louis d’avoir, et c’est un comble, ostracisé :

. toute une région en faisant passer ses habitants pour des gens primaires, bêtes et incultes.

. la classe ouvrière pour lui ôter toute volonté d’être à même de décider de son propre destin.

. d’utiliser « ces pauvres » qu’il se veut si ardemment défendre, mais dont il se sert pour matière à écrire.

Je vais même aller plus loin. Sous couvert de dénoncer l’injustice sociale des classes laborieuses, il se permet de les mépriser en leur prêtant un langage populaire à la limite de l’analphabétisme, un esprit obtus, raciste, etc… heureux lui d’avoir échappé à cette crasse ignorance.

Edouard Louis aurait pu faire une force de son expérience et il se complait dans les rancoeurs, la vengeance et c'est dommage !

 

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03 août 2018

Le golem - Gustav Meyrink

Ce roexc_golemman fantastique étrange et inquiétant a pour toile de fond les vieilles légendes des juifs kabbalistes de Prague.

Le golem est une figure d'argile animée magiquement, un automate qui personnifie les automates humains que crée la société moderne, avec ses impitoyables contingences. Pas plus que le Golem, l'homme moderne ne choisit son action. Il exécute, comme malgré lui, les ordres qui lui sont donnés par la Société.

Cependant, par-dessus ces exigences, le Divin vient s'inscrire comme une réalité agissante : "la bouche de tout homme devient la bouche de Dieu, si vous croyez qu'elle est la bouche de Dieu" : vision grandiose de la condition humaines. Ce roman devient ainsi l'expression même de la conditions humaine avec ses misères et sa grandeur.

Mon avis : Volodia

Ce livre est un classique de la littérature juive, on le lit, le relit sans fin, car au travers de cette histoire, se dresse ce que tout juif attendait à cette époque, un être divin capable de les défendre contre les injustices et les exactions subies par leur communauté. Ce livre nous fait pénétrer dans le quartier juif de Prague fermé le soir et ouvert le matin à une certaine heure. Il nous fait participer à la vie (parallèle) de tout un peuple, prostituées, mauvais garçons, étudiants hassidiques, rabbi miraculeux qui doivent se "débrouiller pour survivre" dans l'attente de ... 

Héritier de la tradition de Novalis et de E.T.A. Hoffmann, très versé dans les théories occultistes et ayant pratiqué les exercices du yoga, nourri par surcroit de toutes les légendes de la vieille cité de Prague, Gustav Meyring (1868-1932) était un fin connaisseur des traditions occultes, tant européennes qu'extrême-orientales.  Il a écrit de nombreux récits et romans en autres : Le visage vert, Histoires de faiseurs d'or, le Dominicain blanc, l'Ange à la Fenêtre d'occident, La nuit de Walpurgis...Le golem parut en 1918 connut aussitôt un immense succès . C'est devenu un classique de la littérature fantastique

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02 août 2018

Les portes de novembre - Chaïm Potok

001A la mort de Joseph Staline, dont le règne a plongé l'URSS dans un abîme de terreur, Volodia Slepak et son épouse Macha, enfants bien nés et bien arrivés de la société soviétique, prennent conscience du sombre avenir qui se profile dans leur pays pour le judaïsme.

Volodia a pour père Salomon Slepak, un bolchevik de la première heure, miraculeusement échapé aux hécatombes staliniennes qui ont emporté tous les artisans de la Révolution. Une tête brûlée qui a depuis longtemps abdiqué toute lucidité et toute clairvoyance au nom de l'infaillibilité du Parti.

De manifestions en jugements, d'incarcérations en exils, Volodia et Macha Slepak seront pendant 18 ans le fer de lance de la dissidence juive soviétique. Leur appartement de la rue Gorki à Moscou devient le sanctuaire du mouvent des refuzniks et de leurs légendaires figures, Anatoly Chtcharanski, Ida Nudel, Iosif Begun et d'autres encore.

Les terribles soubresauts du déclin tzariste et la descente aux enfers d'une Union Soviétique broyée par la mégalomanie sanguinaire de Staline forment la toile de fond d'une extraordinaire saga où se trament la chronique déchirante du mouvent des refuzniks et l'histoire violente et vrai de Volodia, Macha et leurs enfants.

Comment des hommes d'un rang social élevé peuvent-ils accepter de voir leur vie basculer dans la précarité, la terreur quotidienne, la captivité pour affirmer une identité qu'ils savent incompatible avec l'univers dont ils sont prisonniers ? C'est l'une des énigmes que posent se livre.

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31 juillet 2018

Voyage en Pologne - Alfred Döblin

couv_doblinQuatrième de couverture :

"Des champs plats passent furtivement, de petites forêts. Au bord d'un cours d'eau, sous un pont de bois, une paysanne va pieds nus, foulard blanc sur la tête. Quest-ce que cela ? Troupeaux de boeufs. De nouveau des terres cultivées. Beaucoup d'oies blanches. C'est la Pologne."

Un matin de septembre 1924, par la fenêtre du train qui l'emmène de Berlin à Varsovie, Alfred Döblin pose  pour la première fois le regard sur la campagne polonaise. Il parcourra le pays pendant deux mois, mû par le désir de comprendre cet Etat voisin, tout juste sorti des cendres de la Première Guerre Mondiale et qu'il connaît mal. Posant sur toutes choses un regard curieux, notant au fil de ses promenades les impressions qui feront la matière de ce livre, il interroge sans relâche ses interlocuteurs :

"Quelles forces, quelles puissances organisent l'Etat ? Qui gouverne, officiellement ou non ? Qui a faim, et qui est rassasié" ?

Alerté par la montée de l'antisémitisme à Berlin depuis le début des années 1920, Döblin accorde une attention toute particulière à la population juive. Le mode de vie de ce peuple ayant sa propre langue, lui-même d'origine juive.

Ce monde décrit par Döblin a cessé d'exister : la guerre et la barbarie nazie ont anéanti la culture juive polonaise et bouleversé à jamais la physionomie du pays. Le témoignage de l'écrivain, façonné par le style puissant qui fait de lui l'un des plus grands auteurs allemands du XXème siècle, retrace les contours d'un monde disparu.

Editions  : Flammarion - ISBN : 978 2 0812 4139 8 - Broché 381 pages - Prix 24 euros

 

Alfred Döblin (1878 - 1957), exerçant la profession de médecin à Berlin, fut un écrivain influent dans l'Allemagne de la République de Weimar : son roman Berlin Alexanderplatz, paru en 1929, lui valu une reconnaissance mondiale.

En 1933, il quitte l'Allemagne pour la France puis les Etats-Unis . En 1945, il fut l'un des premiers écrivains à rentrer d'exil. Il mourut en 1957 à Emmendingen, dans la Forêt-Noire. Ses romans , ses essais, ses textes critiques et polémiques, dans lesquels, "la question de l'humain" occupe une place centrale, sont aujourd'hui considérés comme les plus novateurs de sa génération.

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11 juillet 2018

Journal du ghetto - Janusz Korczak

001046898Enfermé dans le ghetto de Varsovie, où il a été contraint de se réfugier avec les petits pensionnaires de l'orphelinat qu'il a fondé, Janusz Korczak entreprend en mai 1942 - quelques mois avant d'être déporté avec ses pupilles à Treblinka pour y mourir dans les chambres à gaz - la rédaction de son journal.

C'est le témoignage bouleversant d'humanité et de dignité que ce pédagogue hors pair qui a été miraculeusement conservé et que l'on peut ainsi lire. Dans l'adversité, la fièvre et l'angoisse la plus extrême, Korczak y décrit l'enfer du ghetto. Au passage, il montre quel écrivain il était, doté d'un humour cinglant et d'une plume remarquablement sensible.

Editions : Pavillons poche Robert Laffont - ISBN : 9 782221 126899 - 187 pages - Prix : 7,90 euros

 

Mon avis : Volodia

Certains pourront penser qu'il s'agit une énième fois de la Shoa  et de ses horreurs et que nos oreilles en ont été rabattues de mille et une façons. Je réponds non,  chaque témoignage est unique car il concerne une vie, une personne avec ses propres angoisses, ses propres peurs. Car si les ambitions peuvent être communes et/ou semblables, la peur, elle, est unique pour chacun et revêt différents visages.

L'intérêt de ce livre est qu'il en est peu faisant état du journal tenu par ce grand humaniste qu'était Janusz Korczak. On trouve des biographies de lui,  des livres ventant ses principes et méthodes d'éducation mais un journal écrit de sa main, c'est le premier que je lis.

Par ailleurs, malgré toute l'empathie qu'il peut avoir sur le sort réservé à son peuple, et tout son dévouement, pour les enfants qui lui sont confiés ou qu'il ramasse dans la rue, il reste lucide tant sur leurs qualités que sur leurs défauts... Il est a noter que tant que l'orphelinat exista dans le ghetto aucun enfant n'y mourrut de faim, et peu du thypus qui faisaient des ravages dans le ghetto. Janusz Korczak força les portes des plus riches - ce qui parait une gageure dans le ghetto - et exigea du Judenrat des supplément de nourriture, de chauffage et de médicaments.

Lors de l'évacuation de l'orphelinat, il faut également préciser qu'un officier allemand a proposé à Janusz Korczak, un sauf conduit qui lui aurait permis de sauver sa vie, et qu'il a refusé pour ne pas abandonner "ses enfants" dans la mort.

 

JanusczA propos de l'auteur :

Henryk Goldszmit dit Janusz Korczak (Varsovie 1878 - Tréblinka 1942) fut une figure légendaire du ghetto de Varsovie, et bien plus encore.

Médecin, éducteur, écrivain de talent, il a voué toute son existence à la cause des enfants, et il peut être considéré comme le grand précurseur de la Convention Internationale pour la protection de l'enfance. Il a créé à Varsovie deux orphelinats pilotes organisés en république d'enfants et utilisé dès le début du XXème siècle tous les médias - presse, radio - pour faire reconnaître les enfants comme sujets de droit et les  défendre en toutes circonstances.

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Le juif errant est arrivé - Albert Londres

le-juif-errant-est-arrive-albert-londres-9782869598874Au détour d'un séjour en Angleterre, cet infatigable reporter rencontrera un rabbin orthodoxe  parti faire l'aumône dans  la communauté juive de Londres. Cela l'intrigue tant qu'il décide de le suivre et de partir sur les traces de cette communauté disséminée à travers le monde.

De Whitechapel à la  Russie subcarpatique, de Transylvanie à la Bessarabie, de Varsovie à Lodz en passant par Tel Aviv et Jérusalem, il les rencontrera tous. Il partagera leurs souffrances, leurs espoirs.  Il racontera les différences qu'il y a entre toutes ces communautés, laîques et religieux. les "assimilés" pour qui être juif n'est qu'un simple religion et qui se revendiquent du pays dans lequel ils vivent. Si en occident cela ne pose pas encore de problème, en Europe Centrale et Orientale il en va tout autrement. La "Question Juive" relève de la philosophie politique.

Albert Londres prend très vite conscience que la situation des juifs est très différente selon les pays où ils se trouvent : Angleterre,  Tchécoslovaquie,  Pologne, Russie et/ou Palestine. Pour mieux comprendre leur condition en 1929, il expliquera le passé et l'origine de cette marginalité : " l'église leur interdisant toute participation à la vie des Etats, en les reléguant dans l'impie ommerce de l'or, avait sans le prévoir, préparé les maîtres des Etats..." . Mais à servir les grands on irrite le peuple. Ce mépris du  populaire fit bientôt place à la haine".

Ils se sont protégés en se cloîtrant dans des quartiers. On les y a enfermés. On a appelé cela ghetto. Ces endroits les ont préservés de la contagion européenne depuis le 16ème siècle. Ils y vivent avec leurs rêves, leurs espoirs,  leurs doutes, et surtout leurs peurs. Ces juifs dont la grande peur au XXème siècle est le pogrom.

A côté de  de cette perception d'esclavage et d'humiliations permanentes, Albert Londres rencontrera les pionniers de Palestine. Ces juifs ont décidé de vivre en affranchis, et de retourner sur la terre de leurs ancêtres pour y vivre libres. Qu'on ait appelé Foyer National et non Etat Juif l'installation des juifs en Palestine cela ne change rien au fait. Ils débarquaient non comme mendiants, mais comme citoyens . Ils ne demandaient plus l'hospitalité, ils prenaient possession d'un sol. Ils n'y seraient plus des gens tolérés, mais des égaux.

On sent en lisant ces articles se profiler la catastrophe. On ne perçoit pas encore d'où cela viendra. Cette situation ne pouvait durer ainsi éternellement. Tout aussi grave, les heures entre juifs et Arabes, dans une Palestine sou mandat britannique et déjà objet de tous les convoitises partisanes qui ne sont que l'introduction à un conflit encore présent dans cette région du monde. Au sujet d'un éventuel Etat Juif en Palestine, Albert Londres n'y croyait pas à son époque. Pour lui "ce projet n'est qu'un rêve, ensuite ce rêve est une chimère".

Ce livre peut être téléchargé gratuitement au format pdf ou epub sur la librairie électronique du Québec.

 

Mon avis : Volodia

J'ai littéralement dévoré ce livre, en l'écrivant Albert Londres ne pouvait savoir ce que celui-ci aurait de prophétique. A la lecture de son récit, on assiste à la résurgence d'un monde abandonné, disparu en Europe Centrale et Orientale, entre les vagues successives de pogroms programmés par : le Tsar, organisés par : les églises Orthodoxes, Catholiques, les Etats : comme la Ruthénie Subcarpatique, spontanés : comme la Pologne et bien d'autres encore.

Le juif désigné comme bouc émissaire de tous les maux, "n'oublions pas qu'ils ont crucifié le christ", qu'ils sont cupides et avares (avec comme seul métier autorisé celui de l'or, difficile de faire autrement). la possession de terres leur est interdite. Ils sont soumis au bon vouloir des rois, princes et seigneurs régnants. Tout en se devant de leur prêter de l'argent qu'on évitait de rembourser en préparant un pogrom.

Ces juifs vivant en vase clos très pieux au demeurant, voyant d'un mauvais oeil ces juifs fiers de l'être, libérés, qui relevaient la tête, venant dans leurs shetlets venant recruter des pionniers pour la terre promise (qui selon les hassids ne pouvaient leur être donnée que par Dieu).  Malgré la joie d'un retour sur la terre leur ancêtres, la peur de l'inconnu, malgré la menace des pogroms, était souvent la plus forte, d'autant que leurs rabbins prononçaient des anathèmes envers tous ces apikorsim.

Cette différence entre pieux et intégrés, Orient et Occident, Ashkénazim et Séfardim existe toujours de nos jours et pose de grands problèmes en Israêl. Avec le recul et en lisant ce livre on comprend un tout petit mieux pourquoi la suite est arrivée. Il ne faut pas oublier qu'à l'époque les fellahs vendaient eux-mêmes leur terre aux juifs à un prix prohibitif et que le grand Muffti de Jérusalem, bien avant de serrer la main de Hitler, n'a pas hésité à monter les fellahs et tous les autres Arabes en organisant des pogroms envers les hassids, qui eux ne portaient pas, ne portent toujours pas et ne porteront jamais les armes.

 

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06 juillet 2018

Tarabas - Joseph Roth

23378701_45604451914. A Nicolas Taras, qui étudiant révolutionnaire dans son Ukraine natale, s'est exilé, une voyante pédit qu'il sera d'abord un assassin, puis un saint. Mais à New York, la ville de pierre, il souffre du mal du pays. Aussi est-ce avec joie qu'il accueille la guerre et rentre chez lui pour se battre ; il a trouvé sa voie. La guerre est devenue sa patrie. Avec une belle inconscience, il brûle, il tue au mépris du danger.

1917. La Révolution. Promu Colonel, Tarabas lève un régiment pour le nouvel Etat et règne comme un roi d'acier sur la ville craintive. Mais ses hommes, ivrognes et aventuriers, ne tardent pas à perpétrer un pogrom contre les juifs, et lui-même, dans un instant d'égarement arrache la barbe de l'un d'eux, le pieux Shemariah.

Alors Tarabas veut expier. Au plus fort de l'hiver, il s'en va par les chemins, se mêle aux vagabons et parias de la société. Il connaît le froid, la faim, la maladie. Il meurt dans un monastère après avoir obtenu le pardon de Schemariah.

Ce roman repose tout à la fois sur le schéma faute-expiation, des chrétiens et le fatalisme des juifs. Mais Joseph Roth s'abstient de disserter sur ces thèmes. Dans une formidable épopée populaire, il les montre, il les fait vivre. Nous voyons Tarabas, nous le suivons, nous partageons son destin.

 

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24 juin 2018

Mes bibliothèques - Varlam Chalamov

chalamov

Certains aiment les livres comme on aime des personnes : Ils les rencontrent, s'en éprennent, s'en déprennet, les caressent, les rejettent, les oublient, les traquent,, les retrouvent,, les possèdent, et les perdent.

Si la vie les empêchent de les collectionner et de les enfermer dans la prison d'une bibliothèque, ils vont leur rendre visite ailleurs et parfois les enlèvent. Ils les rêvent.

Nous connaissons Chalamov l'écrivain des camps, le poête de la Kolyma. Voici Chalamov le lecteur, l'amoureux des livres, parmi les rayonnages de ses bibliothèques.

Editions : Interférences - ISBN : 9 782909 589008 - Broché : 53 pages - Prix :12 €

Mon avis : Volodia

Pour comprendre l'importance que Chalamov accordait aux livres et en l'occurrence aux bibliothèques, il faut remonter à son enfance. Né en 1907 à Vologda (ville importante et place forte au temps des Romanov).

Dans ses souvenirs Chalamov n'a eu, petit enfant, que deux livres : un de conte, un autre de l'alphabet de Tolstoï. A l'école primaire, il n'y avait pas de livres, simplement des manuels jusqu'en 1918 date de l'ouverture de la première bibliothèque ouvrière. Les ouvrages qui 'y trouvaient avaient été réquisitionnés chez des propriétaires terriens.

Il a 10 ans l'année de la Révolution. Ne pouvant faire d'études supérieures en raison de ses origines (fils de pope). Il part pour Moscou en 1923 et réussit l'examen d'entrée de la Faculté de Droit de la capitale. Afin de payer ses études, il travaille dans une tannerie.

Arrêté une première fois en 1929 pour avoir diffusé "Le Testament de Lénine" , il est envoyé en Sibérie. Libéré en 1931, il revient à moscou et travaille comme journaliste jusqu'à sa seconde arrestation lors des grandes purges de 1937, pour activités contre révolutionnaire trotskiste. Condamné à 17 ans de travaux forcés dans les mines d'or de la Kolyma.

Pendant ces années terribles d'incarcération ou les prisonniers subissaient les pires exactions tant du côté des gardiens que des prisonniers de droit commun vis à vis des prisonniers politiques. Il n'avait aucun moyen de s'évader, même par la pensée, livres, papier et crayons étant interdit. Seuls la faim et le froid l'obsédaient au point qu'il avait perdu son ancienne faculté de lire, le déshumanisant peu à peu.

Libéré en 1951, il reste encore 2 ans en relégation en Extrême Orient. C'est durant cette période, dans un village de travailleurs libres où il résida, et où il y avait un bibliothèque conséquente de deux mille titres regroupés et conservés avec soin par un vieil érudit qu'il reprit contact avec les livres, qu'il renoua avec cette passion inextinguible.

Ce livre est le récit de cette traversée du "désert". De la bêtise et de la cruauté humaine portées aux nues par un régime totalitaire.

En 1953, après la mort de Staline il est autorisé à quitter la Kolyma mais reste interdit de séjour à Moscou. Ce n'est qu'en 1956 après le XXème congrès  dénonçant le culte de Staline qu'il est réhabilité et revient à moscou. 

Il meurt en 1982 dans un asile psychiatrique.... 

08 mai 2018

Une semaine de vacances - Christine Angot

Une semaine de V acancesQuatrième de couverture :

Christine Angot a écrit ce court roman comme on prend une photo, sans respirer, sans prendre le temps de souffler. En cherchant la précision, en captant l'instant et le mouvement.

Ce n'est pas  nous lecteurs de vouloir en connaître l'élément déclencheur, peu importe de le savoir. on s'aperçoit vite en le lisant que le texte possède en lui le pouvoir d'agir avec violence. Il suscite des sentiments dont l'angoisse ne peut être évacuée.

Il provoque le saisissement par lequel on reconnaît un des pouvoirs de la littérature : donner aux mots toute leur puissance explication et figurative, plutôt que s'en servir pour recouvrir et voiler.

C'est comme si l'écrivain levait ce voile, non pas pour nous faire peur, mais pour que l'on voie et comprenne.

 

Editions : J'ai Lu - ISBN : 978 2 290 07058 1 - poche 94 pages - Prix : 6 €

 

Mon avis : Volodia

Que penser et surtout quoi dire de ce livre, si la critique est aisée l'art est difficile.

Je ne connaissais le nom de Christine Angot que par les scandales qui s'y attachent. En lisant son livre, je ne suis dit que je me ferais ma propre idée. Pour ce faire, je n'ai lu, auparavant,  aucune critique s'y rapportant.

Choc dès les premières pages. J'ai eu envie de tout abandonner. Ce livre est à mon sens, abject, dans son contenu, son idée, voyeur, ordurier, obscène, cru au-delà de tout ce que l'on peu imaginer. Pervers dans ses descriptions de scènes pseudo érotiques que je qualifie, moi, de pornographiques.

L'histoire se déroule comme l'indique le titre du livre, sur une semaine et met en scène un homme d'un âge que l'on peut penser avancé, que l'auteure s'efforce de nous décrire, élégant, cultivé, faisant des galipettes avec une gamine ayant l'âge de lire des romans d'aventures, mais suffisamment pubère pour le mettre constamment en rut.

Et là, c'est une débauche de scène pornographiques (dont je me refuse d'en faire la moindre citation) d'un type qui trouve toutes les justifications possibles imaginables pour assouvir et expliquer sa perversité.

La gamine quant à elle, subit mais semble-t-il avec une certaine complaisance ses assauts. Il y a bien quelques cris, pleurs, sanglots, quelques hocquets, vites réprimés. Elle se soumet à tous ses désirs ne dit rien espérant par delà ces actes qu'il l'aime réellement d'amour.

Leurs sorties se résument à des ballades en voitures pour visiter quelques sites et restaurants indiqués dans un guide touristique et qu'il a pris soin de noter. Mais là encore, ses sorties sont l'occasion pour ce Don Juan de pacotille d'assouvir sa soif inextingible de sexe. Il en ressort que nous avons droit à une description détaillée des menus commandés et quelques leçons de comparaison entre la langue française et la langue allemande qu'il trouve plus précise, ainsi qu'à d'humiliantes leçons de diction qu'il fait à la jeune personne. Sans compter  les "gâteries" après repas procurées à couvert des portières de voiture par notre jouvencelle.

Bien qu'ayant eu envie devant tant d'horreurs de refermer ce livre, je m'y suis tenu jusqu'à l'écoeurement, le dégoût transposé du livre à l'auteure et ce jusque la fin. J'ai essayé de comprendre ce que les journalistes et les hautes sphères de la littérature (éditeurs) pouvaient trouver de si "extraordinaire" à la Angot ?

J'ai essayé de lire son livre, non plus en tant que public, mais en tant qu'écrivain (oui je sais ce n'était pas gagné) et je dois avouer qu'elle a en quelque sorte atteint son objectif.

Son livre ne laisse pas indifférent. Qu'on le déteste ou qu'on l'aime, Christine Angot a atteint son but, émouvoir tant ses lecteurs que le monde des livres. Par sa plume qui se veut incisive, précise, directe.  Par cette histoire, choquante et ses descriptions nauséabondes.

Pour ma part, j'ai trouvé son livre, ennuyeux, plat, l'histoire inintéressante, voire choquante, débauches de scènes pornographiques. On se demande comment une femme peut écrire pareilles horreurs en matière de sexe. Toujours est-il qu'elle n'a plus rien à apprendre et qu'elle pourrait en remontrer à quelques péripapétitiennes. Dans la foulée je m'étais procuré un autre livre de cette auteure, mais je ne suis pas sur d'avoir le courage de le lire, le présent livre m'ayant laissé un goût saumâtre dans la bouche.

(heureusement que je n'ai investi que dans le poche).

 

Posté par chezVolodia à 14:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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